« Interdire l’hybridation du chauffage est une véritable erreur »

L'Installateur - Publié le 23 avril 2026

Régis Luttenauer, directeur général de Vaillant Group en France, qui détient également Saunier Duval, a réagi au plan d’électrification présenté ce jeudi matin par le gouvernement. Une présentation qui, selon l’industriel, manque encore de précisions.

Saunier Duval à Nantes

Que pensez-vous de l’offre mensualisée « clé en main » du gouvernement pour relancer le marché de la pompe à chaleur air/eau ?

Déjà, il n’est plus question de leasing social, comme cela avait été annoncé il y a deux semaines par la ministre de l’Energie, Maud Bregeon. Désormais, on parle de financement sur trois ans destiné aux ménages les plus précaires et basé sur les économies d’énergie réelles. C’est une bonne idée pour répondre à la problématique du reste à charge. En revanche, attention à ne pas recréer des mécaniques qui poussent à nouveau à l’éco-délinquance !

Tous les installateurs ne pourront pas se positionner sur cette offre. Il faut être capable d’installer, de mettre en service, d’entretenir… Peut-être faudra-t-il créer des groupements d’installateurs pour garder ce marché au risque de voir des vendeurs de foire s’emparer, encore, du dispositif pendant trois mois avant de disparaître et de laisser des pompes à chaleurs orphelines de toute maintenance chez les plus précaires.

Anticipez-vous les répercussions de ce plan sur vos lignes de production ?

Nous avons des capacités de production pas complètement utilisées en France et en Europe. Les investissements ont déjà été réalisés. Nous lançons d’ailleurs en ce moment notre deuxième génération de PAC air/eau au R290. Donc, nous sommes prêts à répondre à la demande. Mais ça n’exclut pas de vouloir plus de stabilité ! Des annonces comme celle-ci peuvent créer des à-coups. Résultat, manque de main d’œuvre pour installer, manque d’approvisionnement, que ce soit pour une pompe ou pour de l’électronique, et blocages assurés à certains endroits de la chaîne. Ce plan ne doit pas être une menace pour la fin de l’année, mais doit plutôt s’étaler sur trois à cinq ans.

Quid du gaz interdit, même en appoint et en hybridation ?

C’est une véritable erreur. En rénovation, pour des maisons isolées dans les régions froides, l'hybridation est une solution très pertinente. Vous dimensionnez moins la PAC, donc vous diminuez les coûts à l’installation mais aussi à l’exploitation, lors des pointes électriques hivernales. En logement collectif, interdire d’hybrider est le meilleur moyen pour continuer à maintenir des chaufferies fioul ou gaz. Si vous voulez remplacer par une solution 100% PAC, en plus du prix très élevé, vous n’aurez pas la surface nécessaire pour installer l’équipement ! Alors qu’un peu d’hybridation gaz, même à 10 ou 15%, suffit déjà pour diminuer la taille et le coût des équipements. D’ailleurs, c’est le même problème dans le neuf ! Ce surcoût peut vraiment être dissuasif.

En supprimant l’hybridation, on perd un outil de qualité, fabriqué en Europe et installé par des professionnels compétents. Le gouvernement pense, à tort, que l’hybridation est un concurrent de l’électrification, alors que c’est en réalité un accélérateur de cette transition énergétique.