La pompe à chaleur sous pression entre ambitions de l’État et inquiétudes du terrain
L'Installateur - Publié le 20 mai 2026
Portée par l’objectif d’un million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030, la Journée de la Pac organisée par l'Afpac a confirmé l’accélération politique autour de l’électrification du chauffage. Mais derrière les annonces de soutien et l’offre « clé en main », installateurs et organisations professionnelles redoutent une marginalisation des artisans au profit des grands énergéticiens.
« Chaque chaudière fossile installée aujourd’hui, c’est une dépendance pour les vingt prochaines années. » C’est avec ces mots que Maud Bregeon, ministre de l’Energie, a ouvert la huitième édition de la Journée de la Pac ce mercredi 20 mai à Paris. Une journée forcément marquée par le plan d’électrification annoncé le mois dernier, et l’ambition d’installer un million de pompes à chaleur par an d’ici 2030. « La technologie est mature, la performance est éprouvée » n’a cessé de répéter celle qui est aussi porte-parole du gouvernement. Maud Bregeon faisait notamment référence à une étude menée par l’Ademe sur le fonctionnement de cent pompes à chaleur air/eau et géothermiques en maison individuelle, affichant un COP annuel moyen de 2,9. Alors si ces équipements sont si efficaces, pourquoi ne fleurissent-ils pas dans les logements aujourd’hui ?
La lutte de l'Etat face au fake news de la Pac
La faute aux fake news, selon la ministre et ses équipes, Alexandre Dozières en première ligne. « C’est déroutant d’entendre, même au sein des ministères, que la pompe à chaleur n’est pas une solution d’avenir parce qu’elle fait trop de bruit et qu’elle est moche » confie le directeur adjoint du climat, de l’efficacité énergétique et de l’air au sein de la DGEC. C’est d’ailleurs pour donner tous les arguments à la filière que le Cepac a été créé, et présenté officiellement lors de cette journée. Ce centre d’expertise aura pour vocation, entre autres, de fournir tous les éléments techniques aux plombiers-chauffagistes pour convaincre ses clients de passer à la pompe à chaleur. Parce qu’aujourd’hui encore, les particuliers jouent la montre face aux devis de remplacement de leur système de chauffage, et ce n’est pas près de s’arrêter.
Tensions autour du bonus CEE made in Europe et de l'offre clé-en-main
La ministre de l’Energie a profité de sa prise de parole pour évoquer le lancement, à la rentrée, d’une bonification de CEE sur les pompes à chaleur air/eau fabriquées en Europe. Pour Pascal Housset, président de l’UMGCCP-FFB et chauffagiste en Seine-et-Marne, « ces annonces poussent à l’attentisme chez les clients alors que nous ne demandons qu’à travailler ! » Autre idée pour relancer les carnets de commande, Maud Bregeon a également dégainé l’offre « clé en main » pour les Pac, initialement appelé leasing social. Comme un symbole, l’appel à manifestation d’intérêt pour cette offre s’arrêtait le jour de la JPAC. La promesse de cette offre intégrée, que le reste à charge pour les ménages modestes et très modestes soit payé de manière mensualisée et sans dépasser le montant de l’ancienne facture énergétique du client. « Une promesse très compliquée à tenir » concède-t-on chez EDF, qui a pourtant répondu à l’appel. De quoi inquiéter encore plus les installateurs.
Capeb, FFB et Synasav, les Trois Mousquetaires vent debout contre le leasing social
« Bien sûr que nous sommes pour un financement du reste à charge, mais les artisans risquent d’être de simples sous-traitants des grands énergéticiens, aujourd’hui les seuls capables de porter le dispositif » s’inquiète Jean-Claude Rancurel, président de l’UNA-CPC au sein de la Capeb. Sentiment partagé par Pascal Housset. « Les 15 000 RGE QualiPAC sont très inquiets de cette annonce ! Pourquoi on ne débloquerait pas plutôt les 83 000 dossiers d’aide à la rénovation globale en attente de validation sur les bureaux de l’Anah ? » Le sujet est « bien pris en compte » a temporisé la DGEC. Pour Eric Hernandez, président du Synasav, qui partage les mêmes inquiétudes pour les mêmes raisons d'indépendance des entreprises de chauffage, « avant de lancer cette offre clé en main, comment aider les ménages précaires qui ont bénéficié de la Pac à 1€ et qui n’ont pas les moyens de l’entretenir ? » Une question qui, selon Alexandre Dozières, ne se posera plus avec la fameuse offre clé en main, la maintenance devant être comprise dans le dispositif. Reste à voir qui pourra porter cette offre qui vise 25 000 pompes à chaleur chez les ménages modestes et très modestes. Un appel à projets doit débuter en juin pour un lancement au plus tard le 1er octobre.
La Pac, ballon d'or de l'équipe de France d'électrification de Macron
Le président de la République recevait industriels, énergéticiens, représentants des artisans et de la distribution à l'Elysée ce mardi 26 mai pour affiner la stratégie d'électrification voulue par le gouvernement.

